Sandrina Rocha, artisane textile : l’art au coeur !
Je rencontre Sandrina Rocha, par l’entremise d’une autre artisane textile de talent, Candice Aubert Dhô à qui j’ai précédemment consacré un portrait. Les deux femmes, aux convictions jumelles bien affirmées, ont régulièrement collaboré. Nous sommes alors au printemps, Sandrina m’accueille dans l’atelier qu’elle partage avec la céramiste-designer Marguerite Porche. Découverte d’une artisane douée et engagée.




L’atelier, coeur battant de la création
Comme toute artisane, en nous ouvrant la porte de son atelier, elle nous dévoile une grande part de son essence artistique. L’atmosphère qui règne dans ce beau lieu, organisé en plusieurs espaces de créations et d’expositions, est douce et enveloppante. A l’image de Sandrina. Des yeux rieurs, de grandes lunettes qui lui dévorent le visage, l’artiste m’est immédiatement sympathique.
L’ambiance du l’atelier est minimaliste, très Wabi Sabi et m’évoque celui tout proche d’une autre céramiste rencontrée l’année dernière, la douce Lisa Chamoun.
Un atelier ouvert aux flâneurs comme l’indique joliment le site de Marguerite, sa “colocataire” du moment.
Un peu partout des œuvres de l’artisane textile et de sa comparse. Au plafond de jolies suspensions en céramique et aux murs de grandes toiles de soie tendues, œuvres de Sandrina qui après en avoir fait un vestiaire, oriente son médium de prédilection vers la décoration. Des lampes aussi, dont Marguerite signe le pied en céramique et Sandrina l’abat-jour en soie. Une belle collaboration comme les aime l’artisane qui les multiplie à l’envi.




Elle me fait rapidement visiter les coulisses de l’atelier, l’endroit où elle entrepose casseroles, marmites, bocaux en verre et chutes de soie. Nous nous installons ensuite sur la grande table en bois brut qui trône en majesté pour siroter un thé. Je l’imagine ici esquisser les croquis que je devine sur son carnet, toujours à portée de main.
Il est temps d’en apprendre un peu sur sa personnalité.
Une enfance sous le signe du Beau
Au commencement, il y eu le chant. Baignée par la culture portugaise de sa famille maternelle, tous les rassemblements familiaux sont prétexte à chanter. A la maison, on cultive l’art de joie.
De sa grand-mère, elle hérite le goût du beau et un amour inconditionnel pour la nature. Telle la Sido de Colette, son aïeule l’enjoint à contempler et à s’émerveiller devant chaque pétale, chaque fleur. Cette figure tutélaire nourrit sans le savoir sa fibre artistique naissante.

Du lycée, Sandrina chérit le souvenir d’une professeure de dessin fantasque et aux grands yeux fardés, Mme Fayolle qui la première, remarque son talent artistique. La jeune fille se prend alors à rêver de Beaux-Arts. S’imagine artiste. Mais dans une famille aux origines plutôt modestes, cette option n’en est pas une.
La mode, la mode, la mode
A défaut de pouvoir s’adonner à son penchant pour les arts plastiques, la jeune femme s’en découvre d’autres. La photographie et la mode. Finalement pas si éloignées.
Fréquentant assidûment des musiciens, elle les suit dans leurs tournées ou sur leurs clips où elle s’improvise – avec talent – photographe et régisseuse. Elle mène une vie de bohème, enchaînant en parallèle les petits boulots dans des boutiques de prêt-à-porter, assouvissant au passage, ses envies de stylisme. La jeune femme s’amuse, apprend et pose, sans s’en apercevoir, les premiers jalons de sa seconde vie.


Tissage et teinture
C’est à la faveur d’une naissance – celle de son premier enfant – qu’elle connaîtra sa propre renaissance. Elle décore sa chambre et découvre à cette occasion le tissage et le macramé. Touche à tout, elle s’essaie à quelques créations, multiplie les techniques qu’elle apprend en autodidacte. Sur son compte Instagram, elle présente timidement ses œuvres.
Et ses objets plaisent, se vendent. Une belle revanche après bien des déboires sur sa machine à coudre lors de ses premières tentatives – peu concluantes au demeurant – Sandrina a bien fait de persévérer !
En 2016, elle crée sa marque et l’aventure commence. Soutenue par son mari, elle embrasse le risque et crée son propre espace de liberté et de créativité.
Deux ans plus tard, nouvelle révélation ! La jeune maman se prend de passion pour la teinture végétale, fait ses premiers essais à base de noyaux d’avocat. Cette citadine assumée retrouve le goût de l’enfance, celui des balades dans la nature. Sa première source d’inspiration.
Un art de vivre au naturel
Dès les prémices de sa marque, l’écoresponsabilité est au centre de son activité. Sandrina se fait fort de faire du beau avec du rien ou presque. Des déchets que fleuristes, restaurateurs et maraîchers lui donnent volontiers. Pour la soie, elle peut puiser dans les stocks dormants d’amis créateurs.
Ses créations suivent le cycle immuable des saisons : aux fleurs fraîches du printemps succèdent les frais séchées et les déchets à l’automne venu.





©Solenne Jakovsky
Passée maître dans l’art du bundle dye, cette technique ancestrale issue de l’éco-print, elle crée ses premières collections de prêt-à-porter en soie, en séries limitées : pantalon, chemise, robe ou kimono. Le virus de la mode la rattrape.
Des collections à la délicatesse évanescente qui attestent de son talent de coloriste.
Toute magique qu’elle peut sembler, la pratique de la teinture végétale exige un certain degré de lâcher prise. Sandrina observe le mariage des couleurs, s’émerveille des facéties de sa matière et laisse libre cours à son intuition. Elle le sait, pour l’avoir moult fois expérimenté : sur la soie, la teinture végétale fait des merveilles.
Ses pièces artisanales 100% made in Lyon, dignes héritières de l’arte povera, sont uniques et racontent toutes à leur manière une histoire singulière.
Tisser des liens, écrire l’histoire
Des ateliers toujours partagés, des collaborations avec d’autres artistes unies par la même philosophie, Sandrina n’avance jamais seule. N’aimant rien tant que partager, raconter.
Les collaborations s’enchaînent pour son plus grand plaisir : avec Laetitia Marty, Maison Lima, Shaisto et sa complice Marguerite Porche.
Elle le fait aussi au travers d’ateliers d’initiation ouverts à tous, où elle partage avec délice et générosité les secrets de ses savoir-faire et de son univers.
Un univers fait de teintes antiques, cette palette nude et terreuse qu’elle aime tant et qui évolue au fil du temps. Ennoblie, la soie teinte se pare petit à petit d’une belle patine.
De la mode à la décoration
Depuis quelques temps, son travail penche de plus en plus vers la décoration. Elle se plaît à créer des ambiances, imaginé des scénographies, rêve de collaborer avec décorateurs et architectes d’intérieur.
Sandrina est à l’aube d’une nouvelle vie.





A la rentrée, elle rejoindra un nouvel atelier et de nouveaux partenaires de jeu comme l’artiste pluridisciplinaire, Delphine Passadori.


Pour en savoir plus sur ses ateliers d’initiation, rendez-vous sur son site.


