Candice Aubert Dhô, artisane textile engagée
Cet automne, j’ai raté à mon grand regret la sixième édition de l’évènement Oh my Laine, organisé en marge de la Paris Design Week. Je projetais d’y rencontrer Candice Aubert Dhô, fondatrice de Cosy Jungle et créatrice de décors en laine éthiques et sur-mesure, découverte sur Instagram. Faute de pouvoir me rendre dans l’immédiat dans son atelier de Provence, nous avons convenu d’une entrevue virtuelle. Portrait.




D’emblée son accent chantant m’évoque le sud et sa lumière. Candice est telle que pouvait le laisser supposer ses créations, douce et généreuse. En un peu plus d’une heure, nous évoquons son parcours, ses engagements, ses tâtonnements et ses réussites.
L’artisanat comme un manifeste
Au départ, rien ne prédestinait Candice à un métier artisanal. Ses grands-mères tentent de lui expliquer, sans grand succès, le tricot et le crochet. De son propre aveu, l’artisane n’est pas douée pour suivre un patron. Elle ce qu’elle aime c’est la spontanéité et l’improvisation artistique.
Formée aux métiers du livre, elle travaillera quelques années pour la maison d’édition Actes Sud avant de se consacrer à la laine, qu’elle découvre “sur le tard”.
En effet, pour ses 30 ans, son mari lui achète un premier métier à tisser. Un instrument dont elle mettra du temps à s’approcher. Son cher et tendre la tance jusqu’à ce qu’elle s’y mette et c’est une révélation.
L’artisanat un véritable mode de vie
Candice est une artisane d’art textile engagée et c’est peu de le dire. Jeune maman au moment où elle bascule vers le tissage, elle entame une démarche zéro déchet et s’attache à regarder les étiquettes de tout ce qu’elle consomme et notamment la nourriture ou les vêtements qu’elle destine à ses enfants.



En Provence, avec une maison au milieu des champs, elle s’efforce de ralentir le rythme pour adopter un mode plus slow, par respect pour sa famille, pour elle et pour la nature qui l’environne.
En consommant, on vote pour notre avenir
Un sourcing de fournisseurs des plus minutieux
Pas étonnant donc que Candice s’intéresse à la provenance de ses laines. D’autant plus que des moutons Mérinos, de l’association d’éleveurs Mérilainos, paissent à seulement deux pas de sa maison, juste derrière la clôture de son jardin.
Candice se fait fort de travailler avec des producteurs, créateurs du coin. Pour s’épanouir dans son artisanat, le feeling et la confiance sont indispensables. Les créations de l’artisane sont façonnées à partir de matières naturelles et locales.
Il faut l’entendre parler avec son enthousiasme de tout l’écosystème qui gravite autour de Cosy Jungle – le nom de sa marque qu’elle abandonne doucement. Elle me parle notamment de Louise de la Ferme des Cycles en Arriège, sur la commune de Fossat.
Des créations décoratives sur-mesure
Soucieuse de n’avoir aucun stock dormant, toujours dans cette démarche éco-responsable, Candice travaille exclusivement en sur-mesure. Chaque pièce qui sort de son atelier est une création unique pensée pour la personne qui l’a commandée.




Tout commence par une rencontre. Si la distance le permet, elle se rend volontiers chez ses clients pour s’imprégner de leur univers. Candice aime créer avec intention, écouter les histoires pour s’en inspirer.
Vous voyez des fils, là où je vois des prénoms ! me dit-elle le sourire aux lèvres.
Plus que d’une simple transaction, il s’agit en réalité d’une vraie connexion. A ce titre, la livraison de la création est souvent forte en émotions.
Son processus créatif
Après des années d’expériences et de tâtonnements, Candice a apprivoisé sa créativité, capricieuse parfois mais qui revient, toujours.
J’ai mis du temps à comprendre que j’avais besoin de temps.
Méthodique et organisée pour les aspects purement administratifs ou de planification, le processus de création, se nourrit lui de procrastination active. Dans son esprit, sans même s’en rendre compte, tout infuse. Elle écrit beaucoup, notamment au saut du lit, quand les idées de la nuit sont encore fraîches et à portée de crayon.



J’ai besoin de me perdre pour mieux me retrouver !
L’inspiration, elle la puise un peu partout dans son quotidien. La nature bien sûr, le travail des autres artisans qu’elle côtoie assidument et tous ses objets, “ses bidouilles” comme elle les appelle. D’un rien peut advenir une création d’exception dont elle est parfois la première étonnée. Impossible de se lasser de telles surprises.
La douceur en guise de signature artistique
Les œuvres de Candice sont empreintes de poésie et riches de symboles. Autodidacte assumée, elle a appris au fil de la laine mais aussi dans les livres, “parce qu’on trouve de tout, dans les livres” me confie-t-elle joyeusement.
Sa signature consiste en ce jeu de contrastes et ce dialogue qu’elle instaure systématiquement entre les matières. Elle tisse la laine certes mais pas seulement. Ses décors se parent de bois, de céramique ou de soie.
Tisser des fils et des liens !
Ne vous imaginez pas une Candice, confinée dans son atelier. Fascinée par les gestes artistiques et artisanaux, tous les prétextes sont bons pour s’inviter dans les lieux de création de ses confrères et consoeurs artisans, pour assouvir sa curiosité innée.
Sur son blog, on retrouve régulièrement des portraits d’artisanes. Dans sa newsletter, la Lettre Inspirante, elle nous livre également ses états d’âme et ses coups de coeur.
Elle collabore régulièrement avec d’autres artisanes talentueuses ou des entreprises labellisées entreprises du patrimoine vivant. Parmi celles-ci, on peut citer la céramiste d’Eyguières, Florence Lucchini ou la créatrice textile Sandrina Rocha. La complicité tissée au fil des années démultiplie le champ des possibles.


Pour la prochaine édition des Partisan·es à Marseille, c’est avec Jérémy Aymard, un talentueux tourneur sur bois qu’elle va faire équipe.
Candice dispose incontestablement de ce talent rare de nous embarquer.
On peut tout tisser !
Et même les gens manifestement !
La force du collectif
Convaincue de la force du collectif, Candice a su bien s’entourer au fil des années.
Elle fait partie du cluster Résolaine qui rassemble tous les acteurs de la filière laine, soucieux de se reconnecter aux ressources locales.
Elle est également adhérente Lainamac, une association de filière, créée en 2009, valorisant la création et le fait-main, à base de laines françaises. La guilde imagine ainsi une filière laine vivante et responsable, composée d’acteurs engagés dans une démarche de qualité, de créativité et de relocalisation française.
Une opportunité qui lui a permis d’être sélectionnée pour la 6e édition d’Oh My Laine à Paris en septembre dernier ; une belle initiative auréolée du Prix Parcours 2023 de la Fondation Bettencourt Schueller pour l’Intelligence de la Main.



Une consécration pour cette autodidacte qui a parfois souffert du syndrome de l’imposteur par le passé. Son travail – plus de 200 heures pour la création exposée sur place – est adoubé par de grandes maisons de luxe, des étudiants de Duperré ou une gentille mamie amoureuse de la laine. Entre ces trois publics, Candice ne fait aucune différence ; l’essentiel étant de créer de l’émotion !
Se faire accompagner pour mieux vivre de son artisanat
Elle sait aussi que Rome ne s’est pas faite en un jour.
Consciente de ne pas être en possession de toutes les compétences, Candice n’hésite pas à se faire accompagner sur des sujets bien précis. En 2021, deux ans après la création officielle de Cosy Jungle, elle se forme à l’entrepreneuriat. Puis elle travaille avec le Studio la Racine, pour sa stratégie de marque, dans le cadre du showroom Oh My Laine 2024 et enfin sollicite Catherine Paoli d’Expérience Collective pour le volet lancement de produits.
Comme beaucoup d’artisans en reconversion, la créatrice sait à quel point l’investissement est essentiel si l’on veut tirer son épingle du jeu dans cet univers si concurrentiel.
Son atelier pensé comme un laboratoire d’idées
Aménagé dans l’extension de sa maison, son atelier est un lieu apaisant et inspirant, baigné de lumière. Sans fermeture sur la maison, elle peut s’y rendre à tout instant de journée. Ses enfants viennent eux-aussi régulièrement lui déposer leurs petits trésors, glanés dans le jardin.
Dans son atelier, tout a été pensé pour être optimisé : l’ensemble des meubles et autres objets sont amovibles ou du moins modulables. Un mur est consacré à ses laines, les autres contiennent ses étagères à bidouilles, parfois rangées dans des “boîtes à bazar”. Parce que le désordre l’inspire !
Son atelier c’est son territoire d’expression comme le fut jadis sa chambre d’adolescente dont ses parents avant-gardistes lui confièrent la décoration.
Changer le monde
Profondément engagée, Candice multiplie les causes.
Dernièrement, elle a participé au shooting les Révélées organisé par la photographe Kathryn Mougammadou, pour lutter contre les violences faites aux femmes et dont les recettes sont destinées à la Fondation des Femmes.
Son portrait en pied et en version XXL sera exposé sur la façade de l’hôtel de ville de Salon de Provence, le 8 mars prochain, dans le cadre de la Journée Internationale pour les Droits des Femmes.
J’espère contribuer à apporter ma pierre à l’édifice pour valoriser un monde plus respectueux du vivant …
Un écho à la volonté de toutes ces femmes rencontrées pour mon blog. L’espoir est donc de mise !
En bref, juste quelqu’un de bien comme le chantait naguère Enzo Enzo. Merci Candice pour ta gentillesse et ta générosité !
Pour en savoir un peu plus sur Candice Aubert Dhô, rendez-vous sur son site et ses réseaux sociaux : Instagram ou LinkedIn.




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