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Frédérique Tilly ou la passion du bronze, de la scène à l’atelier

La vie est parfois faite de jolis actes manqués. En octobre dernier, lors du salon Immersions, j’ai découvert les créations de Frédérique Tilly, bien avant leur créatrice. A cette époque, Frédérique est sous l’eau. Au sens propre comme au figuré puisque son atelier est alors inondé. C’est son amie Marie Drouet, autre artisane de talent, qui me fait la présentation. Je suis immédiatement fascinée par la délicatesse de ce que j’ai sous les yeux. Encore quelques mois de patience et je pourrais en apprendre un peu plus sur cette artiste à l’univers éclectique.  

Les racines d’une artistes : entre terre et mer

Frédérique voit le jour non loin de la forêt de Fontainebleau mais passera une grande partie de son enfance, entre terre et mer, dans l’archipel de Saint Pierre et Miquelon, berceau de son père. Des îles au climat aride, mais sur lesquelles elle ne tarit pas d’éloges me confiant un rapport quasi charnel à la terre de ses ancêtres. Une terre qu’elle pourrait peut-être d’ailleurs rejoindre plus tard …  

Cette enfance en terres sauvages semble avoir profondément marquée l’artiste qu’elle est devenue. Dans ses créations, la nature est omniprésente ; la faune, la flore comme ce Gingko Biloba qu’elle affectionne particulièrement.  

La bronzerie d’art, Frédérique Tilly s’y consacre depuis une quinzaine d’années après une vie déjà bien remplie.  

Un parcours éclectique de la scène à la forge

C’est à Clermont-Ferrand, alors qu’elle suit une fac d’anglais, qu’elle découvre un univers artistique qui la happe. Ce goût de l’art résonne comme un joyeux atavisme. Son père était chanteur de jazz à ses heures et sa grand-mère, petite main dans les ateliers Chanel.  

Au temps de l’université, Frédérique rêve de théâtre. Elle quitte alors Clermont pour Paris où elle enchaîne les petits jobs alimentaires ; ouvreuse, caissière, chanteuse de rue. Avec l’enthousiasme qui la caractérise, elle entame une vie de bohème qu’elle met entre parenthèses à la naissance de ses enfants.  

Elle se range, travaille 10 ans au BHV. Mais la chanson n’est jamais bien loin, elle enregistre, après la naissance de son fils aîné, un puis deux albums avec des compositions originales.  

Sacré caractère !

Au fil de notre échange, je découvre une personnalité un brin rebelle et au caractère bien trempé. “Le regard de mes parents m’a rendu pugnace et plus combative” m’avoue-t-elle sans détour. 

 Empêchée dans ses envies artistiques par un entourage qui la préfère raisonnable et “dans les clous”, Frédérique apprend avec l’âge et l’expérience à s’affranchir des codes et à refuser les cases qui restreignent.   

Ses œuvres tantôt baroques, antiques, romantiques ou résolument contemporaines témoignent d’une envie de faire autrement. A contre-courant. C’est la découverte et la passion pour un métier d’homme qui feront sauter tous les autres verrous.   

Le bronze toute une histoire

Après ses années BHV, Frédérique Tilly débute une formation au GRETA en carterie et identité visuelle. La petite flamme artistique qui l’anime depuis toujours et si longtemps douchée, commence enfin à s’exprimer.

Une révélation inattendue

Et puis, une rencontre fortuite va bouleverser sa vie. A ce moment-là, Frédérique exerce comme graphiste indépendante. Une amie sculptrice de Crécy-la-Chapelle – son lieu de résidence – l’invite à l’accompagner chez un ami, ciseleur sur bronze.  

Quand elles débarquent dans l’atelier, Frédérique Tilly est immédiatement dans son élément. Pour avoir souvent déambulé dans les rayons du sous-sol du BHV du Marais, notamment dans celui des poignées de portes de style, elle n’est pas véritablement perdue.  

Tout le week-end, elle s’adonne à la brasure comme si elle en avait toujours fait. Sa virtuosité naturelle laisse son amie et le ciseleur complètement ébahis. Un mois plus tard, irrésistiblement attirée elle revient à l’atelier et s’ensuivront deux ans d’apprentissage aux côtés d’artisans passés sur les bancs de la prestigieuse Ecole Boulle.  

Gardienne d’un savoir-faire séculaire

Quand elle aime quelque chose, Frédérique Tilly s’y engage à corps perdu. Elle est aujourd’hui incollable sur l’histoire du bronze. Nous évoquons notamment ce régule, surnommé “faux bronze”, né au XIXe siècle, alliage d’étain ou de plomb qui lui donne tant de fil à retordre. Moins noble que le bronze, il connaît son apogée au moment de la première Guerre Mondiale où le cuivre est rationné. Elle m’explique la difficulté à restaurer ce genre de pièces du XXe siècle.  

Dans son atelier, elle collectionne les outils dotés d’une âme et d’une histoire. Beaucoup ont été chinés par ses soins ou confiés par des artisans partant à la retraite. Certaines de ses pièces remontent même aux années 30.  

Ajouter à cela son vieil établi, offert par un ami au moment de son installation, et sa pierre de forge qui remonte aux sixties, imaginez la joyeuse cacophonie si ces objets pouvaient parler.  

Entourée de tout ce patrimoine, Frédérique Tilly, après plus de dix années d’expériences, peut laisser libre cours à son imagination et s’affranchir parfois des gestes traditionnels.  

Nature haute-couture

Bronze, cuivre, laiton, elle les combine à l’envi laissant enfin exploser sa créativité naturelle. Elle s’inspire volontiers de tout ce qui l’entoure ; du plus trivial au plus sophistiqué. Désormais gardienne d’un savoir-faire rare, elle savoure ce privilège de pouvoir le faire perdurer !  


Mais ce qu’elle aime par-dessus-tout c’est la création. Souvent, sans idée préconçue, elle se laisse guider par son instinct et sa matière. Des oeuvres délicates et sensibles, profondément féminines si tant est qu’une création puisse avoir un genre.  
Le féminin est une indéniable source d’inspiration, ce qui sonne comme une revanche pour cette artiste à qui on a longtemps refusé sa part de féminité.  

Un lieu à soi, son atelier de féminité

Parce qu’au-delà d’une activité passion, l’artisanat lui a permis aussi d’assumer sa part féminine. Et quoi de symbolique que de le faire en exerçant un métier réputé masculin.  

Cette posture plus conquérante, elle la doit d’abord à la lecture d’un livre, Montrez-leur qui vous êtes d’Amy Cuddy, fruit d’une conférence TedX qui développe la thèse suivante : notre façon de nous tenir en société peut renforcer notre confiance en soi et convaincre les autres.  

C’est une révélation. Envolé le syndrome de l’imposteur. Frédérique va créer fièrement, forte de son talent et forcer le trait jusqu’à parfois travailler dans l’atelier en bottes à talons aiguilles. Ses bijoux sont des manifestes d’empowerment. A l’image de sa collection Girafes qui rend hommage à ses femmes africaines qui arborent une multitude de colliers en laiton. Grâce à un bronze à mémoire de forme, elle réussit le tour de force de créer une pièce sculpturale toute en légèreté et en souplesse, défiant les lois de l’apesanteur.

Signature artistique

L’artiste iconoclaste aime proposer des pièces uniques “parce que nous le sommes tous” comme elle aime à le dire. Son travail est à la fois baroque et contemporain avec une sensibilité toute personnelle et une perpétuelle recherche poétique. Elle travaille le bronze, le cuivre, le laiton mais parfois aussi l’or et l’argent.  

Frédérique Tilly rêve de créations hors du commun, tant par la taille que par l’ambition. Comme autant de nouveaux dialogues avec sa matière fétiche. 

Bronze et mode, des collaborations éclatantes

2024 sera l’année de la consécration pour Frédérique Tilly. Une collaboration avec la Fédération de Couture sur-mesure lui permet de faire dialoguer couture et artisanat d’art.  

Pour le célèbre palace Plaza Athénée, elle crée à six mains avec son amie Marion Saussier, elle-aussi bronzier d’art et le couturier plasticien Jérôme Blin, une tenue baptisée Athéna, clin d’oeil à la déesse protectrice des artisans. Cette pièce maîtresse sera exposée pendant trois semaines dans le hall du palace de la prestigieuse Avenue Montaigne puis présentée lors d’un défilé.  

©Psarevaparis

Cette collaboration avec le styliste instinctif sera la première d’une longue liste. Suivent une expo aux Deux Magots puis un défilé à la Maison Chaumet.  

Mode, bijoux, art de la table, l’artisane explore avec joie tous les domaines de l’art de vivre. Et s’essaie aussi à la sculpture et aux luminaires !  

Une reconnaissance bienvenue

En 2024 encore, après dix années à son compte, Frédérique Tilly se voit auréolée du titre de maître artisan ; une consécration et une bien belle manière de rompre avec ses complexes d’autodidacte.  

Désormais membre des Ateliers d’Art de France et labellisée Artisans du Tourisme, Frédérique s’efforce de faire connaître son art au plus grand nombre au travers d’ateliers d’initiation ou de découverte.  

Le mois dernier, elle faisait de la sensibilisation dans les écoles avec la belle association De l’or dans les mains au Collège Robert Doisneau de Dammarie-les-Lys.  

En ce moment à l’atelier, elle reçoit des stagiaires de la prestigieuse Ecole Boulle.  

Immersions, De main de maître, Envie de matières, Frédérique Tilly multiplie les salons, les expositions et les collaborations. Elue de la chambre des métiers depuis 3 ans, elle est jurée pour Savoir-faire et matières. Une vie à 100 à l’heure qu’elle mène tambour battant !  

Une envie pour l’avenir ?

Être exposée dans une galerie d’art pour se mieux consacrer à son art. A bon entendeur !

Vous pouvez retrouver une partie de ses créations dans sa boutique-atelier et sur la marketplace des métiers d’art, Empreintes et dans sa boutique de Crécy-la-Chapelle.  

Vous aimez l’artisanat d’art d’excellence ? Retrouvez ici le portrait de Fabienne Fleury, plumassière de talent.

Frédérique Tilly dans son
©Crédit photo Marion Saupin

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