Sandrine-Léonie Thomas – Et si c’était, tapissière & abat-jouriste
L’artisane m’accueille chez elle, à Brindas, par un froid et humide matin d’automne. Dans la cour, les arbres privés de leurs feuilles, ont perdu de leur superbe.
Au coin de ce jardin qu’on imagine plein de vie à la belle saison, Sandrine s’est aménagé son lieu à soi : un atelier, baigné de lumière grâce à la jolie verrière métallique, où la plupart des meubles ont une histoire. Il s’agit en réalité d’un ancien appentis qu’elle a réaménagé pour s’adonner à son art et rencontrer ses clients qu’elle a plaisir à recevoir ici. Elle a volontairement conservé certaines pièces comme de vieilles portes en bois ou le vasistas transformé en verrière intérieure… Puisqu’ici, rien ne se perd, tout se transforme.
Le lieu, un brin désuet, respire le calme et la créativité, certains objets sont détournés de leur usage premier. Un peu partout des échantillons de tissus, des pieds de lampes, des assises en cours de réfection et sur le mur, un papier-peint au motif léopard qui donne le ton. C’est le joyeux bazar d’une artiste à l’univers subtile et délicat, amoureuse du charme d’antan.

Nous nous installons sans chichi autour d’une jolie petite table, une tasse fumante de thé entre les mains. Puis Sandrine-Léonie se prête sans broncher au jeu du portrait.
Le goût de l’art
Elle me confie d’abord qu’elle a toujours aimé l’art. Dès l’adolescence, elle adore travailler de ses mains, dessiner, rêver, sculpter.
Oui mais Sandrine est une bonne élève, ce serait du gâchis que de poursuivre sur une voie professionnelle alors ce sera le droit, plus par obligation que par choix. Les études se passent. Elle caresse un temps l’idée de passer le concours du barreau mais l’arrivée de sa première fille l’en dissuade.
La jeune femme intègre ensuite un cabinet d’avocats, spécialisé en droit de la famille. Elle y restera quelques années, très formatrices, qu’elle ne regrette absolument pas. Avec son mari, artisan lui-aussi, ils accueillent une seconde petite fille.
Mais l’envie de travailler de ses mains reprend le dessus. Elle décide donc de quitter le confort de son poste de juriste pour les joies de l’entreprenariat.

L’onglerie, son premier pas de côté
Elle a une idée en tête : devenir prothésiste ongulaire. Elève appliquée un jour, élève appliquée toujours : Sandrine ne s’imagine pas se lancer sans formation. Elle décroche un CAP de l’Ecole Peyrefitte à Lyon, une référence dans l’univers de l’esthétique, où elle se forme au conseil, à la vente et à la technique.
Elle trouve rapidement un petit local, près de chez elle, à Saint Genis Laval. Le métier lui plaît mais elle fait vite le tour de sa boutique mouchoir de poche.
Elle en est là de sa réflexion quand un plus grand local se libère juste en face. La jeune femme y voit un signe. Elle pourra compléter son offre d’esthétique et sa palette de talents. La banque la suit les yeux fermés. Les débuts sont prometteurs et Sandrine-Léonie s’épanouit dans son grand institut.
L’évidence de l’artisanat
S’ensuivent alors quelques années éprouvantes, deux nouvelles petites filles naissent prématurément. Sandrine-Léonie, en bonne chef d’entreprise, s’arrête peu. Le rythme, le management et les contraintes inhérentes au commerce l’épuisent. Elle décide de vendre à un moment où son affaire est florissante et reprend le chemin de l’école. Dans tous les sens du terme puisqu’elle passe le concours pour devenir professeur des écoles, dans le privé. Brillante un jour, brillante toujours, ce n’est qu’une formalité même à quarante ans passés.
Elle enseignera ensuite avec passion pendant 5 ans dans l’ouest lyonnais, en maternelle puis en classes élémentaires. Son corps la rappelle de nouveau à l’ordre. D’abord une opération puis une grande fatigue morale.
Quand l’esprit va mal, c’est souvent le corps qui “lâche » en premier. Sandrine est à bout de souffle. Il faut qu’elle se préserve.


Elle est contrainte de lever temporairement le pied pour se remettre d’aplomb. Ce sera l’occasion d’une saine introspection. Elle puise au plus profond d’elle-même et son goût pour l’artisanat resurgit. C’est l’appel du sens, après des choix longtemps dictés par la raison. Le papillon sort enfin de sa chrysalide.
Sensible et fragile, Sandrine-Léonie n’en est pas moins déterminée. Elle se forme à l’art de la tapisserie et de la confection d’abat-jour. Puis, en 2019, Et si c’était, son cinquième bébé, voit le jour. Cette expression qui fait penser aux contes de notre enfance évoque aussi tous les champs des possibles. Et ce n’est pas pour rien !
La créatrice aime à comparer la vie à un carrousel sur lequel on choisirait son animal ou son véhicule totem, au gré de nos envies et du temps qui passe. De son côté, elle se réjouit d’avoir déjà occupé plusieurs des sièges que la vie lui a présentés.
Préservation d’un patrimoine
Très attachée à l’histoire et à la transmission des savoir-faire ancestraux, l’artisane travaille “à l’ancienne” comme les maîtres tapissiers du XIIIe siècle. Elle aime redonner vie aux choses, comme la seconde chance qu’elle a su elle-même saisir. Quand fauteuils, hérités de famille ou récemment chinés aux Puces, passent entre ses mains expertes, ils retrouvent tout leur lustre d’antan. La créatrice a fait le choix de ne travailler qu’à partir de matériaux nobles et naturels : le lin, le chanvre, le crin animal et végétal.
Dans son activité, elle laisse libre cours à son besoin de sensualité : le toucher de la matière, la beauté d’un motif la ravissent.

“Voir l’émotion dans les yeux de mes clients c’est ma plus belle récompense”
Sandrine-Léonie Thomas
De son passé de juriste et d’esthéticienne, elle a conservé cette écoute attentive qui lui permet de mieux cerner leurs attentes. D’abord un premier rendez-vous chez eux l’aiguille sur le style et les motifs à privilégier, puis elle les convie à son atelier pour compulser les immenses catalogues des marques qui lui sont chères, comme Clarke&Clarke ou Romo dont elle raffole de la passementerie.
Elle pioche aussi dans la grande distribution pour ses pieds de lampe, par exemple, qu’elle customise à loisir. Sandrine-Léonie sait voir le beau partout et a une conscience aiguë de la fragilité des choses.
La force d’une tribu
Parce qu’au-delà de la pure technique artisanale, les rencontres et le contact humain se révèlent également essentiels à la créatrice. Elle sait qu’elle peut s’appuyer sur son cercle familial, son mari et ses filles, sa tribu qui a toujours fait bloc dans les bons et les mauvais moments.
Sandrine-Léonie fait aussi une rencontre déterminante en la personne de Nathalie Lété, une illustratrice parisienne dont l’univers poétique et coloré, rentre en parfait écho avec le sien. Alliant leurs savoir-faire, Nathalie dessine sur du tissu de soie que Sandrine utilise pour ses lampes.
Cet automne, elle participait pour la première fois au salon de créateurs ID D’arts à la Sucrière de Lyon. Elle y fera encore de belles rencontres comme cet antiquaire de la rue de Condé qui expose désormais ses créations.

Aujourd’hui entourée d’un beau réseau de créateurs et passionnée par son métier, Sandrine-Léonie voit son avenir en rose. Un dernier projet en date, un local aux Puces du Canal qui se libère opportunément. Et pas n’importe lequel, pour cette amoureuse du patrimoine puisqu’il s’agit d’un des locaux historiques, appartenant à un pilier des puces de Lyon. L’idée lui trottait dans la tête depuis quelques temps, Sandrine-Léonie est bien décidée à concrétiser cette envie !
Vous souhaitez retrouver ses créations ? De multiples choix s’offrent à vous ! D’abord sur son e-shop ou dans sa boutique-atelier des Puces du Canal, Allée D. En Presqu’Ile, dans le quartier des Antiquaires dans la boutique Au fil des siècles au 8 rue de Condé à Lyon 2e.
Et si vous avez envie d’une création unique, contactez Sandrine par email : etsicetaitlyon@gmail.com ou rendez-vous sur son site Et si c’était
Son Instagram : Etsicetait Abatjouriste.Luminaires.Lyon
Hasard ou non ? Sandrine est la voisine de Joëlle à qui j’avais consacré mon premier portrait d’artiste.
Les évènements des éditeurs du textile
Sandrine-Léonie me parle, des étoiles pleins les yeux, du Paris Déco Off. Evènement annuel dont la prochaine édition est programmée du 17 au 21 janvier prochain.
Un autre rendez-vous que l’artisane ne rate pas c’est Sourcing Déco, un évènement qui permet aux professionnels de l’édition textile français de se rencontrer en un seul et même lieu.



Un commentaire
Laurent Fiordalisi
Tellement fidèle à la réalité et à la personne qu’est Sandrine … bel hommage !