Art de vivre,  Portraits

Marine Lanceron, la peinture aux good vibrations from L.A.  

C’est grâce à une connaissance commune – Merci Catherine – que je rencontre Marine. Je découvre alors ses toiles sur le net et son parti-pris de peindre uniquement des femmes aux physiques stéréotypés, interpelle la féministe qui sommeille en moi.  

Mon premier mail tombe dans ses spams mais j’insiste, je sens qu’il y a quelque chose à creuser. Après quelques rendez-vous manqués, nous réussissons à nous appeler. Dès ce premier coup de fil, la magie opère. Le feeling est bon et j’ai hâte d’en savoir plus. Nous nous fixons rendez-vous à la Maison Commune d’Oingt, charmante bourgade médiévale, au cœur du Beaujolais, où elle expose jusqu’au 12 juin. Dans cette tour du XIIIe siècle, digne d’un conte de fée, l’artiste expose ses princesses à elle, des modèles inspirés de photos, à l’esthétique toute californienne. Il faut dire qu’entre les Etats-Unis et Marine, il se passe quelque chose. Portrait d’une audacieuse avec de l’énergie à revendre.  

Peintre hyperréaliste à sa toile
Crédit photo Eddy Billard

Dès le seuil franchi, je suis conquise par le joli contraste entre les pierres apparentes de ces murs chargés d’histoire et les créations de Marine, un brin provoc et d’une modernité folle.  

Nous entamons alors une conversation à bâtons rompus des plus agréables. Nous parlons de l’EFAP, l’école de communication que nous avons faite toutes les deux, à dix ans d’intervalle puis la jeune femme évoque le déclic à l’origine de sa reconversion professionnelle et du soutien indéfectible de ses deux parents dans ce nouveau projet.  

New York, Paris, strass et paillettes  

Au cours de son cursus, Marine saisit l’opportunité qu’offre l’EFAP de partir un an dans son établissement new-yorkais. La jeune femme découvre alors le quotidien dans la ville qui ne dort jamais. “Là-bas, rien n’est impossible” me dit-elle des étoiles plein les yeux. Elle fait son stage chez une créatrice et influenceuse mode Shoshanna Gruss, la styliste des stars : une façon pour elle de toucher du doigt ses rêves de mode, laissés un peu de côté. L’année qu’elle passe avec sa comparse Clémence, en stage chez Armani Beauty- et qui deviendra plus tard son associée mais chaque chose en son temps ! – défile à une vitesse folle. Les deux filles ont l’impression de vivre un remake du film, le Diable s’habille en Prada.  

Paris, nous voilà !

Une fois son diplôme en poche, après avoir enchaîné à Lyon quelques postes dans les social media. Elle rejoint Clémence, la fameuse comparse de NYC, à Paris et ensemble, elles lancent une ligne de prêt-à-porter, destinée aux femmes “hors normes”. L’aventure durera trois ans. Des années riches en expérience qu’elle ne regrette absolument pas. La rencontre avec les fournisseurs et les clients, le stock “rangé” dans son petit appartement parisien, les galères, les succès. Aujourd’hui, elle n’en garde que de bons souvenirs et une amitié inentamée.  

Après l’épisode PAMPLEON, elle rentre à Lyon et pour que le retour aux sources soit complet, elle s’installe un temps chez ses parents. Seulement quelques jours plus tard, le confinement est décrété. Entre temps, Marine a décroché un poste de commerciale sédentaire pour une société d’abri de jardins. Après New York et Paris, le choc est rude mais la jeune femme fait le gros dos pendant deux ans.  

New York, New York

Et puis, pour ses 30 ans, ses amis et ses proches lui offrent un voyage à New York. Et c’est là-bas que tout bascule ! Une de ses collègues l’informe par texto de son prochain départ. Son compagnon l’enjoint alors à négocier elle-aussi son départ quand, presque simultanément, son père l’appelle pour lui dire qu’une amie souhaite acheter une de ses toiles, faite en amatrice. Marine se cabre, cette toile n’est pas à vendre ! Son père insiste. Quel gâchis de ne rien faire d’un tel talent, lui écrit-il dans un long texto.  

L’artiste en herbe y voit un signe du destin. Elle décide donc là-bas, à New York, la ville de tous les possibles, de tenter à son retour en France de vivre de son art. La peinture qu’elle pratique depuis l’enfance va devenir son métier. En septembre 2022, forte du soutien de ses proches, elle entame sereinement cette nouvelle aventure.  

La peinture, une histoire de famille !  

Peindre, c’est un geste naturel pour Marine. Dès ses 5 ans, sa grand-mère, passionnée d’aquarelle, l’entraîne avec elle dans ses cours de peinture à Brindas où la petite fille s’essaye à l’aquarelle mais aussi à l’acrylique. Elle se souvient avec nostalgie de l’ambiance qui régnait dans ce cours ; de l’odeur de l’atelier, des blouses blanches tâchées de peinture … et des apéritifs de fin de journée, pris entre copines, dans une ambiance festive !  

Incontestablement, c’est sa grand-mère qui lui donne ce goût de peindre qui ne la quittera plus. Toute son adolescence, elle continue. A Paris, elle s’inscrit au cours de Pascal Poitoux, où elle troque l’acrylique pour la peinture à l’huile. C’est là-bas que Marine parfait sa technique. Les cours sont exigeants et son professeur, pressentant déjà son potentiel, la pousse souvent dans ses retranchements. Elle serre les dents et apprend. Inlassablement.  

Aux paysages peints par sa grand-mère, elle préfère déjà les portraits. Les possibilités infinies qu’offrent la peinture à l’huile alimentent son goût de peindre la texture de la peau, les cheveux.  

Marine aime le corps de la femme, ses courbes et ses lignes déliées. De sa grand-mère Josette, la jeune femme conserve, comme un talisman, le chevalet sur lequel elle peint tous les jours. Cette figure tutélaire est omniprésente mais deux autres femmes ont, sans nul doute, contribué à façonner sa personnalité de fonceuse.  

Trois femmes puissantes et un papa !  

Quand je l’interroge sur son féminisme, Marine me répond d’emblée qu’elle se sent féministe avant de nuancer le propos. Bien entendu, si certains droits acquis par les femmes étaient d’aventure remis en question, elle serait la première à monter en créneau. En revanche, elle m’explique qu’il n’y a aucun militantisme de sa part à peindre ces femmes, souvent très dénudées, conforme au fameux male gaze, ce regard masculin dominant qui façonne nos images. Mais n’est-ce pas justement particulièrement subversif qu’une femme s’empare de cette perspective ? Pour ma part, j’ai l’intime conviction que l’artiste s’amuse de ces stéréotypes du sexy.  

Hyperréalisme en peinture

Marine poursuit en me racontant, qu’entourée de femmes puissantes et d’un papa ouvert d’esprit, le féminisme n’a jamais été un réel sujet pour elle. Sa mère, libre et indépendante, lui a montré que tout était possible. Fille unique, Marine développe son imaginaire, passe des heures à dessiner, peindre et bricoler sans se soucier de son genre.  

L’aura de sa grand-mère paternelle est aussi évoquée. Sa particularité à elle ? Celle d‘être plus grande que son mari, à une époque où cela se voyait rarement. Une belle galerie de femmes fortes à laquelle Marine rend hommage avec fierté.  

Le tableau de famille ne saurait être complet sans parler de son père. Son pilier, celui qui l’accompagne dans cette exposition à Oingt et qui a su, au moment propice, l’inciter à se lancer en tant qu’artiste. Depuis, il ne la lâche pas et l’encourage au quotidien, par sa présence bienveillante. 

Toujours croire en sa bonne étoile

En plus de ses proches, la jeune femme peut compter sur d’autres belles rencontres.  

Quand elle fait le grand saut à l’été 2022, consciente des difficultés de vivre de sa peinture, elle cherche un petit boulot à temps partiel. Elle le dégotte aux Ateliers Terreaux, où elle suit les cours de Michel de MattéÏs. Estelle Rastoul, ancienne professeure d’arts plastiques, vient de racheter les ateliers. Du même âge et partageant les mêmes valeurs, les deux femmes deviennent rapidement amies. C’est donc tout naturellement qu’Estelle lui propose de gérer les aspects administratifs et la communication du lieu. Marine peut ainsi lier l’utile à l’agréable.  

Auparavant, Marine avait intégré un collectif d’artistes un peu bohème sur le plateau de la Croix-Rousse, les ateliers Au46, situés rue de Cuire. C’est d’ailleurs là-bas, dans la galerie au rez-de-chaussée qu’elle avait fait sa première exposition en 2023 intitulée Badass, le grand dévoilement dans tous les sens du terme !  

Processus créatif et signature artistique

Il faut entre un mois et un mois et demi à Marine pour achever un tableau. Pas de blouse blanche mais un douillet sweat à capuche et un torchon autour du cou en guise de “bleu de travail”. “Je ne sais pas peindre proprement”, s’excuse-t-elle en riant. La jeune femme peint plutôt l’après-midi à son chevalet ou pourquoi pas à même le sol comme l’attestent certaines vidéos de son Instagram. Le matin, elle se lève tôt et va faire du sport pour se vider la tête ; une hygiène de vie en parfaite adéquation avec la philosophie californienne qu’elle aime tant.  

Peinture hyperréaliste
Crédit photo Eddy Billard

Héritage de son cours parisien, elle procède d’abord à une première étape de préparation de la toile en l’enduisant de sept couches – et oui c’est précis ! – de gesso, une sorte d’enduit à base de plâtre et de colle. Chaque couche ne doit pas faire plus de 1mm et il faut attendre entre chacune d’entre elle que la précédente sèche avant de tout poncer. Grâce à ce procédé, la toile devient parfaitement lisse. Marine prépare ensuite son “jus”, un mélange de peinture à l’huile et de white spirit pour pouvoir placer ses couleurs.  

Hyperréalisme oblige, elle esquisse le dessin et le quadrillage qui lui serviront de bases de travail puis commence le fond. Viendront ensuite le travail des textures de la peau, le détail des courbes, des visages et des cheveux. 

Les étapes d'une peinture hyperréalisme
Crédit photo : Eddy Billard

Ses toiles au style sixties sont colorées et pop, empreintes à la fois de joie mais aussi d’une certaine nostalgie.  

Marine n’a jamais suivi de formation académique aux Beaux-Arts et se laisse donc guider par son instinct. Elle feuillette parfois quelques livres d’art mais c’est la photographie qui l’inspire. Bercée de références anglo-saxonnes, elle peut passer des heures sur Instagram sur les comptes des photographes qu’elle admire, Pixie Bella, Cameron Hammond, Jesse Allen (alias burnt_breakfast). Avec l’expérience, elle ose s’aventurer sur des projets plus ambitieux alors qu’au départ, elle privilégiait parfois la “facilité”.  

De l’importance d’avoir un lieu à soi

Pour conclure cet entretien, je demande à Marine si elle dispose chez elle d’une pièce à elle où laisser libre cours à sa créativité. La jeune femme a la chance d’avoir plusieurs spots à sa disposition, en plus des Ateliers Terreaux pour lesquels elle travaille à mi-temps, elle s’est aménagé un atelier dans l’appartement qu’elle partage avec son compagnon. Une belle pièce lumineuse et spacieuse avec une grande verrière vitrée.  

En guise de mot de la fin, Marine me confie qu’elle caresse un rêve : celui d’acquérir un mas, dans le sud de la France, entouré de champs de lavande d’où elle pourrait envoyer ses toiles aux quatre coins du monde.  

Connaissant sa détermination à obtenir ce qu’elle veut, nul doute qu’elle parviendra à ses fins.

Merci Marine, you glow girl !

Pour retrouver l’ensemble de ses oeuvres, rendez-vous sur son site !

Et si vous aimez la peinture abstraite, retrouvez le portrait de Joëlle Vulliez-Matringe, peintre du sensible.

2 commentaires

  • Marine LANCERON

    Merci encore Caroline ! Cet article est un joli condensé de ma petite vie et je trouve ça très émouvant !
    Tu as un talent fou pour l’écrire ! Je suis ravie de cette rencontre et j’espère te revoir très très vite !

    Bises !

    Marine

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *