Nathalie Rolland-Huckel, laqueur d’art et ambassadrice des métiers d’art
La découverte de Nathalie Rolland-Huckel est encore un cadeau des réseaux. En explorant son univers si singulier, je suis immédiatement subjuguée par la délicatesse et le raffinement de ses créations en laque, aux motifs tantôt animaliers, tantôt géométriques. Et sans la connaître, je perçois l’humilité qui la caractérise. L’écran qui nous sépare lors de notre entretien numérique me laisse apercevoir la douceur de ses traits. Je me laisse emportée par sa douce voix posée.

L’enfance alsacienne
Nathalie voit le jour près de Haguenau en Alsace. Elle grandit dans le petit village de Gries, où se trouve d’ailleurs son actuel atelier, attenant à sa maison. Après avoir sillonné la France, du Limousin au Gard, en passant par Paris, elle décide il y a quelques années de retrouver ses terres natales, avec mari et enfant.
Quand je lui demande à quoi ressemblait son enfance, Nathalie évoque de grandes balades dans les bois, avec ses deux sœurs. Gries est une commune très “forestière” où pins sylvestres, chênes et hêtres règnent en maîtres.
Dans son souvenir, elle est déjà très manuelle. Elle se souvient des petites formes en argile qu’elle confectionnait enfant. Ses parents ne sont pas artistes mais l’art est déjà là, en filigrane, avec une tante musicienne et une cousine sculptrice.
Au commencement était le bel objet
Nathalie acquiert très tôt le goût du beau. La découverte du manuscrit enluminé des Très Riches du Duc de Berry provoque un premier choc artistique qui la conduira à solliciter, à 14 ans à peine, une dérogation pour participer aux cours du soir de l’Ecole des Arts Décoratifs de Strasbourg.
Elle passe son bac en arts plastiques et fait la rencontre de Régine Cardeau, une professeure qui devient son premier mentor et lui délivre astuces et conseils avisés.
Une autre rencontre, cette fois avec un objet, engendre sa première vocation. Une ravissante petite tasse d’un service de Longwy, aperçue chez sa grand-mère, la mènera tout droit à l’Ecole Nationale des Arts Décoratifs de Limoges où elle se forme à la peinture sur porcelaine.



De l’or entre les mains
Le talent de Nathalie a tôt fait d’éclore. Auréolée à tous juste 20 ans d’un premier prix pour son service de table “Folies de Bagatelle”, elle rentre très jeune dans la cour des grands. En free-lance, elle collabore avec la prestigieuse Maison Bernardaud, Wedgwood, Noritake et Narumy, Villeroy & Boch, Mikasa. Elle dessine aussi pour la Manufacture Médard de Noblat. L’indépendante démontre d’une créativité folle.
Un jour, elle tente avec un service de table particulièrement raffiné de pénétrer la prestigieuse Maison Hermès. Elle le fait avec tout l’aplomb de la jeunesse et cela fonctionne.
C’est dans ces années-là qu’elle rencontre le charismatique Jean-Louis Dumas, président d’Hermès, homme d’affaires et poète.
“Un homme bien” me confie-t-elle avec nostalgie. La collaboration perdure et se poursuit encore aujourd’hui. Nathalie peut se targuer d’être l’une des plus anciennes artisanes de la maison, son nom est volontiers et régulièrement cité. Un privilège qu’elle sait rare et qu’elle apprécie à sa juste valeur.
L’amour de la pièce unique
La série aux côtés des plus grands se révèle des plus formatrices mais Nathalie rêve d’autre chose ; créer des pièces uniques.
Elle initie cette nouvelle page de sa vie d’abord avec la porcelaine, cette matière qui l’accompagne depuis tant d’années, avant de se consacrer corps et âme à un savoir-faire ancestral et bien plus rare : la laque.
Tout commence, il y a plus de vingt ans, au Musée Guimet, Nathalie découvre ébahie les inros, ses petits coffrets japonais, trésors d’ingéniosité esthétique et technique. “Un absolu de beauté” selon ses propres mots.
L’artisane se forme le temps de quelques mois aux ateliers de l’Adac à Paris puis auprès de la maître d’art Isabelle Emmerique, devenue une amie au fil du temps. Si l’artisanat est un art solitaire et que l’artisane d’art goûte à cette bienheureuse solitude, elle a toujours été très entourée.
Famille artistique
Par sa famille au premier chef. Il faut dire que chez les Rolland-Huckel, l’art se pratique en famille. Aymery, son mari, est peintre et graveur. Il l’initie à l’histoire de l’art et à ses divers courants artistiques.
Puis sa fille, Solène avec qui elle collabore depuis quelques années déjà est orfèvre et verrier à la flamme. Ensemble, elles créent à quatre mains des collections de bijoux et si chacune dispose désormais de son atelier, les échanges entre mère et fille sont fréquents et féconds.




Sans qu’elle me le dise explicitement, je sens à quel point sa famille est au centre de sa vie. Sa famille, c’est son repaire, son port d’attache. Nathalie en goûte l’importance.
Est-ce lié au fait que sa mère, Ariane Olympe, soit née sous X, quelques temps après la Seconde Guerre Mondiale ? Se créer une famille pour combler ce pan mystérieux de l’histoire ? Cet héritage asiatique que seuls ses yeux en amande semblent trahir.
L’Asie, la laque ? Finalement est-ce vraiment un hasard ? Ou quelque tropisme inconscient ?
L’attraction est bien présente puisque Nathalie se rend régulièrement sur les terres natales de la laque : en Chine, en Birmanie, dernièrement en Corée avec son amie Isabelle Emmerique. Mais jamais seule “je ne suis pas une grande voyageuse, je ne suis pas très téméraire”, m’avoue-t-elle en souriant.
Laquer, une pratique hautement méditative
Le temps qui passe, le temps qui court. Nathalie me confie chérir le temps long. Son art réclame des trésors de patience. Il faut de multiples couches successives avant que la création soit achevée. L’artisane travaille toujours sur plusieurs pièces en parallèle.
Certaines étapes réclament une plus forte concentration. Dans ces moments-là, Nathalie s’extrait du monde. La musique qu’elle peut écouter sur les phases moins délicates n’a plus droit de cité.
A travers l’écran, j’aperçois un espace baigné de lumière et parfaitement organisé, propice à la méticulosité que requiert son métier. Quand ses mains oeuvrent, son esprit médite.
« On peut tout laquer »
Après les arts de la table, Nathalie explore l’univers de l’horlogerie pour Hermès. Tous les matériaux se prêtent à l’art du laquage : le cuir, le bois, etc…
J’ai lu dernièrement dans un livre consacré à la douceur d’Anne Dufourmantelle qu’il fallait 5 000 couches de laque pour faire un meuble à la cour royale de Pékin. “Dans les textes, il est dit, que le toucher devait avoir la douceur de la pluie et la finesse d’un cheveu d’enfant”.
Avec Nathalie, je constate que la laque, au-delà d’un savoir-faire rare, relève d’un véritable art de vivre. Son art, elle l’a dans le sang. Et l’on comprend donc mieux sa déception quand son premier dossier d’admission à l’Association Laque a été retoqué. Un cuisant sentiment d’échec qui ne durera pas, au second essai, elle est retenue.
S’engager pour les métiers d’art
Parfois Nathalie quitte la quiétude de son atelier pour s’engager. Même si elle chérit ses moments passés dans la solitude, son engagement pour l’artisanat d’art n’est plus à démontrer.
Présidente de la FREMAA, elle a grandement participé à l’organisation d’un évènement incontournable à l’échelle européenne, le Salon Résonances à Strasbourg dont la 13e édition vient de s’achever au Parc Expo de la capitale européenne.
Le programme Per Durare
Initié par l’Institut des Savoir-Faire Français et la Fondation d’entreprise AG2R la Mondiale pour la vitalité artistique, ce programme a pour vocation de soutenir, recenser et assurer la pérennité des métiers d’art rares dont la laque fait partie. Nathalie y apporte gracieusement sa contribution.
L’objectif, pour 2026, est de créer une plateforme de ressources et de documentation interactive et collaborative pour centraliser les connaissances sur ces savoir-faire.
Présidente de la FREMAA (Fédération Régionale des Métiers d’Art d’Alsace)
“L’Est de la France est un terreau fertile pour les métiers d’arts et plus particulièrement l’Alsace” se réjouit la présidente de la fédération, composé de professionnels des métiers d’art bénévoles. Après en avoir assuré la vice-présidence pendant douze ans, Nathalie assure la présidence depuis le printemps 2024.
Elle aimerait au terme de son mandat de 2 ans concrétiser un projet qui lui tient particulièrement à coeur : une maison des métiers d’art à Strasbourg. Non pas seulement espace de vente mais écosystème à part entière avec l’organisation d’atelier, une résidence d’artiste et un centre de ressources. Affaire à suivre.
Signature artistique
Passionnée, engagée, Nathalie Rolland-Huckel fait partie de ses personnalités qui oeuvrent au Beau qui fait du bien. Elle promeut une création durable et profondément ancrée dans son temps. Et du temps il en faut pour faire advenir la beauté.




3 commentaires
Claudia
Chère Caroline, je viens de lire votre article sur Nathalie Huckel Rolland. Je reste sans voix après la lecture , donc je vous écris avec beaucoup d émotion car vous avez parfaitement décrit l artiste que j ai eu le grand bonheur de connaître il a tout juste 2 ans. En plus de l immense plaisir de pouvoir la croiser de temps en temps, c est un vrai honneur de pouvoir compter parmis ses amis. Nathalie est un ange, on se sent immédiatement à l aise en sa présence, sa douceur nous envahit. Vous décrivez avec détails tout son parcours et l engagement de l artiste. On la reconnaît tellement bien. Je lui souhaite force et santé afin de mener encore longtemps sa mission et savourer sa passion pour notre plus grand plaisir. Un très grand bravo pour votre article . Claudia G.
Caroline
Merci Claudia pour tous ces gentils compliments. Mon métier de rédactrice me permet de rencontrer des personnes pleines de talent et tellement inspirantes. Nathalie est incontestablement de celles-là. Le prochain portrait sera consacré à Sylvie Capellino qui, à partir d’étuis d’obus, crée de somptueuses dentelles d’acier. A découvrir absolument !
Isabelle Fish
I discovered Nathalie at salon Revelations – I was mesmerized by her aesthetic and skills. You have captured the essence of her art and who she is – a wonderful piece. Thank you.