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Fabienne Fleury, artisane plumassière, son truc en plus !

J’échange pour la première fois avec Fabienne Fleury à la suite d’un commentaire qu’elle me laisse sous l’un de mes posts LinkedIn. Son fier visage souriant et enturbanné m’incite à en savoir plus sur cette femme que je pressens précieuse. Je la découvre artisane d’art plumassière et m’empresse de lui écrire un court message auquel elle répond presqu’aussitôt. Se prêterait-elle au jeu du portrait ? Le printemps passe au pas de course… au début de l’été, je relance l’idée et nous nous fixons un rendez-vous virtuel en plein cœur de juillet. Découverte. 

Les bonnes fées d’une artisane d’art passionnée

Ne vous imaginez pas que sa vie ressemble à un conte mais quelques bonnes fées semblent s’être penchées sur son berceau et lui permettent d’être aujourd’hui à sa juste place. Libre et créative !

Fabienne Fleury voit le jour en Normandie. Ses parents, agriculteurs, ont peu de temps à lui accorder. Alors ils la laissent, avec sa sœur, aux bons soins de Marie-Madeleine Carabasse, la voisine d’en face. Son premier bon génie !  

La tendre enfance dans un Jardin d’Eden

Chez elle, elle arpente un jardin merveilleux aux airs de Paradis. Marie-Madeleine vit seule depuis la mort de son mari, menuisier de son état. Ensemble, ils n’ont pas eu d’enfant. Fabienne parle d’une (re)naissance sensorielle grâce à cette femme sensible qui lui prodigue la tendresse dont elle a tant besoin.  

Les liens qui se tissent alors entre la petite fille et sa voisine sont quasi filiaux. Elle lui apprend les fleurs, les couleurs et les odeurs. Activant cette mémoire olfactive si puissante à nous rappeler nos souvenirs d’enfance. Fabienne emmagasine tout. Précieusement.  

Elle me parle avec nostalgie des élégantes roses bleues du jardin, de la coiffeuse dans la chambre et de son poudrier avec sa houppette en plume d’oison.  

Marie-Madeleine lui donne aussi le goût des retours du printemps. Les hirondelles nichent dans les solives de la grange d’à côté. L’odeur du bois l’enivre et sera à jamais associée à cette période bénie. Dans l’ancien atelier, à côté des piles de bûches, Fabienne ramasse les plumes, tombées au sol. Déjà, le monde des oiseaux la fascine.  

Elle n’ira à l’école que tardivement en troisième section de maternelle. Mais qu’importe avec Marie-Madeleine, elle apprend l’école de la vie et nourrit son appétit des jardins. Ce penchant qu’elle conserve encore aujourd’hui et qui rend, ô combien indispensable pour sa créativité débordante, son petit lopin de terre à Saint-Germain-en-Laye.  

De cette ère si féconde, Fabienne conserve, comme elle le ferait d’un talisman, un petit tableau appartenant à Marie-Madeleine, récupéré après sa disparition. Une aquarelle qu’elle a sciemment placée dans son salon, l’endroit où elle crée.  

Sa façon à elle de rendre hommage et de garder à ses côtés, cette figure tutélaire, esthète et poétesse.

Premières amours, premier métier

Fabienne quittera la Normandie pour Paris afin de suivre des études de psychomotricienne. En parallèle, elle suit une analyse pour une indispensable introspection, afin d’aller à la rencontre de son histoire. Une quête de sens qui ne l’a jamais vraiment quitté !  

L’art est déjà là. Après quelques années d’exercice, Fabienne replonge dans les études et suit une formation en alternance à l’université de sciences humaines de Nanterre. Son mémoire de fin d’études s’intitule “Comment faire en sorte que l’enfant soit libre dans son atelier de peinture”. Belle synthèse de ses futures passions : le droit de l’enfant, l’importance du lieu à soi, l’art et l’atelier.  

Elle exerce, avec l’enthousiasme qui la caractérise, ce premier métier pendant de longues années. Au sein de crèches, elle met en œuvre sa philosophie de vie, faite d’art, de littérature jeunesse et de nature. Elle lit beaucoup, découvre les travaux de l’anthropologue Claude Lévi-Strauss et ceux du chorégraphe Herns Duplan qui la marqueront profondément.

Elle s’entoure de belles personnes inspirantes comme la plasticienne, Magalie Dubois. Avec elle, elle propose aux enfants des ateliers ludiques et pratiques, les sensibilise, dès leur plus jeune âge, à l’artistique et à la beauté du monde qui les entoure.  

C’est avec Magalie qu’elle ira à l’exposition qui changera sa vie.

La plume, une révélation artistique

Une exposition d’Arts Amérindiens déterminantes

Cette exposition c’est celle des Arts Amérindiens du Brésil qui s’est tenue sous la coupole du Grand Palais en 2005, au moment de l’année du Brésil en France. Pour Fabienne, c’est un éblouissement.  

Les couleurs, le volume et la beauté des bijoux et des coiffes tribales l’époustouflent. Rentrée chez elle, elle commence à créer des pièces en coquillage, les marie aux perles et aux pierres fines.  

Elle tourne autour de l’univers de la plume sans même s’en apercevoir avant d’y tomber à corps perdu. Cette plume, ce medium très sensuel, à la symbolique forte, lui rappelle l’enfance.  

Cette expression artistique, elle l’exerce en parallèle de son premier métier pendant près d’une décennie. A la Noël 2006, elle expose ses premières créations chez Magalie.  

Se former aux métiers d’art

D’abord autodidacte, Fabienne se forme ensuite auprès de Dominique Pillard, une – si ce n’est la – référence dans l’univers de la plumasserie. Elle intègre le Greta de la Création, du Design et des Métiers d’art en 2018.  

Au lycée professionnel Octave Feuillet, en plein cœur du chic XVIe arrondissement de Paris, elle apprend les gestes de cet art ancestral et l’engouement se confirme. Le champ des possibles s’ouvre un peu plus avec l’apprentissage de la technique. Frimater, vriller, friser, autant de mots pour une nouvelle vie.  

Dominique Pillard, qu’elle admire pour son talent bien sûr mais aussi pour sa grande humilité, devient un maître à penser. C’est par son entremise qu’elle obtient une mission au sein des ateliers de Jean-Paul Gaultier. Un rêve de jeune fille se concrétise alors.  

Fabienne me raconte, amusée, une soirée costumée, où elle s’était confectionnée elle-même le fameux bustier “à la Gaultier”, avec les cônes carrés pour une poitrine triomphante, façon Madonna dans les eighties. La version sexy de cet objet de souffrance silencieuse qu’est le corset devient le symbole d’une prise de pouvoir féminin. Un manifeste à lui tout seul !  

Une artiste passionnément engagée

Imprégnée de cultures de monde, Fabienne a toujours été une femme engagée, portant d’inlassables combats : la lutte pour le droit des femmes, comme celui des enfants, le respect de l’environnement.  

Mère courage, elle élève seule son fils adolescent, récemment diagnostiqué HPI. C’est pour lui, et sans regret aucun, qu’elle met entre parenthèses ses envies de créativité, pendant près de dix années, entre la révélation de l’exposition des Arts Amérindiens et sa formation auprès de Dominique Pillard.  

En tant qu’artiste, ses mains deviennent le prolongement de son cœur, de son cerveau et de ses émotions.  

Très sensible au respect de l’environnement, l’artisane applique à la lettre les principes de l’upcycling et aime à dire que la plume, est déjà par elle-même, un matériau upcyclée puisqu’issue de la mue des oiseaux.  

La nature comme modèle

A son medium de prédilection, Fabienne associe d’abord les coquillages puis les perles. Ensuite viendront les cuirs recyclés – issus de grandes maisons de luxe – et la mercerie vintage (les cordons, la nacre et les fils de soie). Libre dans l’expression de son art, Fabienne ne s’interdit aucun mariage et suit sa seule intuition.  

Ses créations invitent au rêve et à la contemplation. La plume lui offre de multiples opportunités dans sa perpétuelle recherche du mouvement. La légèreté et l’apparente fragilité de la plume permettent ce fabuleux sentiment de liberté.  

Une liberté qu’elle retrouve aussi par la danse ; claquettes, danses classique et folklorique. L’art du mouvement. Toujours.  

Fabienne vient à la plume aussi par amour des couleurs. Celles offertes par la Nature mais aussi celles permises par la teinture.  

Sa signature artistique

Soucieuse de respecter son medium, Fabienne exploite absolument toute la plume ; calame, barbule, duvet. La contrainte qu’on pourrait imaginer devient en réalité source d’inspiration pour cette artisane passionnée.  

L’artiste travaille beaucoup en volume, en 3D. Elle caresse même l’idée de suivre un jour une formation en design d’objet. Ces créations brillent aussi par leur modularité.  

Mêlant tradition et modernité, son travail autour des orchidées et du biot d’oie se révèlent particulièrement singuliers. Elle joue avec talent des contrastes entre mat et brillant, créant un monde en clair-obscur.  

S’appuyant sur l’éventail des coloris que lui offre la nature, elle n’hésite pas à teindre certaines plumes d’oie de couleurs vibrantes qu’elle associe aux plumes iridescentes et très colorées du faisan ou du coq.  

Bijoux, accessoires de mode ou de décoration, Fabienne prône la plume à porter.  

A quoi rêve une artisane d’art ?

Aujourd’hui, l’artiste sûre de son art et de sa singularité, rêve de luxe. Cet univers qui lui permettrait de créer en plus grand. Dans tous les sens du terme. Et de l’unique !  

Elle édite un portfolio digne de ce nom, ne craint plus de pousser les portes et d’assumer (enfin!) son statut d’artisane d’art.  

L’atelier d’artiste, un indispensable pour créer

Oui mais pour cela, il lui manque encore une dernière chose. Un atelier. Bien à elle.  

Comme la plupart des artisans d’art, le budget est restreint et contraint souvent d’exercer à la maison, en solitaire. Or l’artisane a toujours apprécié le travail en équipe et l’émulation du groupe. Un atelier lui permettrait d’organiser des rencontres et des formations afin de transmettre son art. La transmission, une autre de ses passions  

Fabienne rêverait donc d’en avoir un à Meudon, cette municipalité si sensible aux métiers d’art. Elle lorgne depuis quelques temps déjà sur le Potager du Dauphin, l’Hôtel des Métiers d’Art, le graal absolu. Cette initiative née en 2008 compte pas moins de quatorze ateliers d’excellence, dans la création ou la restauration d’objets d’art. Sa mission ? Promouvoir et sauvegarder les métiers d’art et les savoir-faire rares.  

Des envies de décoration

Persuadée que la plume peut s’envisager sur tous types de support, Fabienne aimerait l’intégrer à de beaux projets de décoration. Depuis peu, elle collabore avec un atelier de créations sur-mesure et des oeuvres en plume autour de packaging de parfumerie devraient prochainement voir le jour.  

 Férue de décoration, Fabienne rêverait de synergies nouvelles avec des décorateurs, des designers et des architectes d’intérieur. Encore une manière pour valoriser la plumasserie … en plus grand !

Un atelier à elle, la participation à des résidences d’artistes, l’entrée dans le monde du luxe et de la décoration, voilà ses aspirations du moment ! 

Le Salon Immersion/s, une consécration

Comme l’atteste ce beau parcours, la plume a donné des ailes à celle qui avoue volontiers “s’être longtemps sabotée ». Il y a un an, elle participe avec son amie, Sylvaine Gorgo, marquetteuse de pierres dures, à une journée conférence au Centre du Luxe et de la Création. Une journée particulière dans un lieu extraordinaire qui consacrera le travail de Sylvaine. C’est un nouveau déclic pour l’artiste. Il est temps, pour elle-aussi, de mettre en lumière son travail de l’ombre.  

Et cela fonctionne !  

Elle est d’abord distinguée par le label Artisans du tourisme des Hauts de Seines, au printemps dernier, et voit quelques-unes de ses œuvres exposées tout l’été.  

Fabienne a ensuite été sélectionnée pour participer au très réputé Salon Immersion/s, LA référence en termes de métiers d’art. Organisé par le FAFCEA (Fonds d’Assurance Formation des Chefs d’Entreprise Artisanale), il se tiendra au 9 rue Chapon, du 10 au 13 octobre prochains, dans une ancienne imprimerie au cœur du Marais.  

Prochaines étapes ? Le dépôt d’un dossier de candidature aux Ateliers d’Art de France et tenter de concrétiser un projet qui lui tient particulièrement à cœur. Un projet qui lierait plumasserie et art thérapie à destination de femmes et d’enfants ayant subi des traumatismes.  

En bref, Fabienne a des idées plein la tête. Affaire à suivre !  

 

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